Peut-on gagner plus selon que l’on soit extraverti, consciencieux ou ouvert d’esprit ? La question intrigue depuis longtemps économistes, psychologues et recruteurs. Une vaste méta-analyse menée par l’Université d’Essex apporte enfin des réponses claires sur le lien entre les traits de personnalité et les revenus.
Les « Big Five », boussole de la personnalité
Pour mener son étude, le chercheur Melchior Vella s’est appuyé sur le modèle des Big Five, qui distingue cinq grands traits de personnalité :
- Ouverture à l’expérience : curiosité, créativité, esprit critique.
- Conscienciosité : rigueur, organisation, persévérance.
- Extraversion : sociabilité, dynamisme, aisance relationnelle.
- Agréabilité : bienveillance, coopération, altruisme.
- Névrosisme : tendance à l’anxiété, au stress et aux émotions négatives.
Ces dimensions sont devenues incontournables pour analyser la façon dont nos comportements influencent nos parcours professionnels.
52 études passées au crible
La méta-analyse repose sur 52 études internationales, soit 1 307 estimations statistiques. L’objectif : identifier un effet global et robuste des traits de personnalité sur les salaires, au-delà des variations liées à l’éducation, au milieu social ou encore à la profession exercée.
Les résultats sont frappants :
- Ouverture à l’expérience : +1,9 % de revenus par écart-type.
- Conscienciosité : +1,6 %.
- Extraversion : +0,3 %.
- Agréabilité : –1,7 %.
- Névrosisme : –1,8 %.
Autrement dit, les personnes ouvertes, rigoureuses et sociables tendent à mieux s’en sortir financièrement, tandis que les profils trop « gentils » ou anxieux semblent pénalisés.
Quand les biais changent la donne
Mais attention : les chiffres bruts cachent une réalité plus nuancée. En tenant compte du biais de publication (les études montrant des résultats « spectaculaires » étant plus souvent publiées), l’impact réel des traits de personnalité apparaît bien plus faible. Dans certains cas, il devient même quasi nul.
L’étude rappelle que des facteurs comme l’éducation, la cognition, le milieu familial ou encore le choix de carrière pèsent bien davantage sur les salaires. La personnalité joue, mais rarement seule.
Parmi les enseignements clés :
- Les traits influencent surtout les choix d’orientation. Par exemple, l’extraversion aide dans les métiers relationnels, la conscienciosité dans les professions exigeant rigueur et méthode.
- L’âge compte : les plus jeunes tirent davantage profit de leur extraversion ou de leur persévérance, tandis que le névrosisme pèse plus lourd chez les plus âgés.
- Les différences régionales existent : en Asie, la conscienciosité est plus valorisée qu’en Europe, tandis qu’en Australie l’agréabilité est davantage sanctionnée.
Alors, faut-il miser sur sa personnalité pour réussir ?
La conclusion de l’étude est claire : les traits de personnalité influencent bien les revenus, mais de manière modeste et contextuelle. Ils ne remplacent ni les compétences, ni le diplôme, ni le réseau, mais peuvent faire la différence à conditions égales.
Plutôt que de chercher à « changer » de personnalité, il s’agit donc d’adapter son environnement professionnel à ses forces naturelles : un extraverti s’épanouira dans le commerce ou la communication, un consciencieux dans la gestion ou la finance, un ouvert d’esprit dans la recherche ou l’innovation.
Source : https://www.iser.essex.ac.uk/wp-content/uploads/files/working-papers/cempa/cempa2-23.pdf


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